Toutes les équipes RH ont déjà vu ce scénario se produire. Une personne très performante obtient une promotion. Elle est respectée, digne de confiance et réussit ce qu’elle entreprend. Son parcours laisse croire qu’elle s’épanouira pleinement dans un rôle de leadership plus important.
Pourtant, un an plus tard, quelque chose ne fonctionne pas. Son équipe semble trop dépendante d’elle. Les décisions prennent plus de temps que prévu. Les conversations sur la performance sont évitées. La relève tarde à se développer.
Rien ne laissait croire que cette promotion comportait un risque. En fait, les comportements à l’origine de ces difficultés sont peut-être les mêmes que ceux qui avaient mené à la promotion. C’est l’une des réalités les plus souvent négligées en développement du leadership :
Les comportements qui contribuent au succès à une étape de carrière peuvent devenir limitants à une autre. Ce n’est pas parce qu’ils sont mauvais. Ce n’est pas non plus parce que la personne manque de compétences. C’est simplement que l’efficacité en leadership dépend toujours du contexte.
À mesure que les responsabilités évoluent, ce qui a favorisé la réussite jusqu’ici doit parfois se transformer pour soutenir ce qui sera nécessaire ensuite. Cette perspective, à la fois contextuelle et axée sur le développement, est au cœur des Pièges comportementaux de SuccessFinder. Ces pièges découlent de schémas récurrents qui peuvent se manifester différemment selon le rôle, l’environnement ou le niveau de responsabilité. Dans certaines situations, ces schémas peuvent être utilisés à l’excès, manquer de souplesse ou perdre de leur efficacité. Ils ne constituent ni des lacunes, ni des diagnostics, ni des signes d’un faible potentiel.
Pourquoi certaines promotions prometteuses entraînent-elles des difficultés inattendues?
La plupart des organisations promeuvent leurs employés pour de bonnes raisons. L’expert qui livre constamment des résultats. La personne performante qui fait avancer les choses. Le collègue sur qui tout le monde peut compter. Le leader qui prend ses responsabilités.
Le défi, c’est que les rôles plus stratégiques exigent souvent des comportements différents de ceux qui ont permis de réussir jusque-là.
Prenons quelques exemples courants:
- Un leader reconnu pour son sens des responsabilités peut finir par s’impliquer dans chaque décision. Ce qui était autrefois de la responsabilisation peut devenir un goulot d’étranglement.
- Un leader reconnu pour sa capacité à créer des relations solides peut hésiter à aborder les problèmes de performance. Ce qui constituait une force sur le plan de la collaboration peut alors nuire à la clarté et à la responsabilisation.
- Un leader reconnu pour sa pensée stratégique peut passer tellement de temps à évaluer les options que l’exécution ralentit. Ce qui était une analyse réfléchie peut finir par retarder l’action.
- Un leader reconnu pour son humilité peut éviter toute forme de visibilité. Ce qui était autrefois de la modestie peut empêcher les autres de reconnaître pleinement sa contribution et son potentiel.
Les traits à l’origine de ces comportements ne sont pas problématiques en soi. Dans bien des situations, ils sont même précieux.
La véritable question est de savoir s’ils servent encore le leader, son équipe et l’organisation dans le contexte actuel. Cette idée est centrale au modèle des Pièges comportementaux, qui reconnaît que les schémas comportementaux émergent en réponse à des exigences particulières et qu’ils ne sont pas négatifs dans toutes les situations.
Un angle mort fréquent en développement du leadership
La plupart des programmes de leadership et de gestion des talents s’articulent autour de deux questions :
Quelles sont les forces de ce leader?
Cette personne est-elle prête à assumer le prochain rôle?
Ces deux questions sont importantes. Mais il en manque souvent une troisième :
Quelles forces pourraient devenir limitantes à mesure que les responsabilités augmentent?
Cette question est cruciale, car bien des difficultés de leadership ne découlent pas d’un manque de compétences. Elles apparaissent plutôt lorsque des comportements éprouvés restent les mêmes alors que l’environnement du leader, lui, change.
- Un chef d’équipe concentre son attention sur la résolution des défis quotidiens qui influencent directement la performance de son équipe.
- Un directeur se concentre davantage sur les systèmes, les ressources et les conditions qui permettent aux membres de ses équipes de performer durablement et de façon autonome.
- Un haut-dirigeant, quant à lui, se concentre sur les enjeux stratégiques et aux questions qui orientent le futur de l’organisation.
La transition est subtile, mais son impact peut être considérable.
Les organisations qui comprennent cette évolution peuvent offrir un accompagnement plus ciblé, rendre le développement du leadership plus efficace et renforcer la planification de la relève, bien avant que les difficultés se reflètent dans les indicateurs d’engagement, de performance ou de rétention.
Ce que les pièges comportementaux coûtent réellement aux organisations
C’est ici que la discussion devient particulièrement importante pour les responsables RH. Le véritable coût ne vient généralement pas du comportement lui-même, mais de ses répercussions sur les résultats organisationnels. Voici quatre exemples de coûts cachés que ces schémas peuvent entraîner avec le temps:
1. Microgestion : ralentir le développement de la relève
La microgestion part rarement d’une mauvaise intention. Il prend souvent racine dans l’engagement, le sens des responsabilités et des standards élevées.
Les leaders veulent un travail de qualité. Ils veulent obtenir de bons résultats. Ils veulent aider.
Avec le temps, toutefois, une implication excessive peut réduire l’autonomie, créer une dépendance décisionnelle et ralentir la prise de décision. Les équipes commencent à attendre une approbation plutôt qu’à prendre elles-mêmes leurs responsabilités.
Les employés qui déclarent bénéficier d’une grande autonomie au travail sont nettement plus susceptibles d’être engagés et ont 2,3 fois plus de chances de rester au sein de leur organisation que ceux qui se sentent contrôlés. Les organisations qui créent un environnement favorisant l’autonomie sont aussi mieux placées pour s’adapter et développer une relève plus solide.
Ainsi, l’impact ne se limite pas à la frustration. C’est toute la relève en leadership qui se développe moins vite que l’organisation en a besoin.
2. Paralysie décisionnelle : quand les bonnes décisions prennent trop de temps
La paralysie décisionnelle est souvent motivée par de bonnes intentions. Les leaders veulent prendre la bonne décision. Ils veulent anticiper les risques. Ils veulent éviter des erreurs coûteuses.
Mais lorsque l’analyse devient excessive, les progrès ralentissent. Les projets restent en suspens. Les équipes hésitent. L’innovation perd de son élan.
Le coût de la lenteur décisionnelle est de plus en plus mesurable. Selon une étude de McKinsey, l’inefficacité de la prise de décision mobilise plus de 500 000 journées de travail de gestionnaires par année dans une entreprise type du Fortune 500, ce qui représente environ 250 millions de dollars en salaires annuels.
Lorsque les leaders attendent d’avoir une certitude absolue avant d’agir, les occasions sont repoussées, l’innovation ralentit et l’organisation peine à s’adapter au rythme du changement.
3. Désir de plaire : le coût caché de l’évitement
MDe nombreuses organisations valorisent la collaboration, et avec raison. Mais celle-ci devient limitante lorsque les leaders privilégient constamment l’harmonie au détriment de la clarté.
Les commentaires difficiles sont adoucis. Les conversations sur la performance sont repoussées. Les attentes deviennent moins claires.
Le risque dépasse largement une conversation inconfortable laissée en suspens. Selon SHRM, 41 % des responsables de la gestion des talents considèrent qu’il est particulièrement difficile de s’assurer que les gestionnaires donnent une rétroaction objective et constructive. Une proportion identique considère la gestion des employés moins performants comme une préoccupation constante.
Ce qui ressemble à de la bienveillance à court terme peut finalement créer de l’ambiguïté, affaiblir la responsabilisation et ralentir le développement individuel. Lorsqu’ils évitent l’inconfort d’une rétroaction franche ou d’un conflit, les leaders préservent parfois l’harmonie sur le moment, au détriment de la performance à long terme.
4. Présence effacée : un talent caché en pleine lumière
Certains leaders sont très compétents, mais peu à l’aise avec la visibilité. Ils se concentrent sur les résultats, évitent de se mettre de l’avant et font constamment passer leur équipe en premier.
À bien des égards, ce sont des qualités admirables. Pourtant, lorsque leurs contributions passent inaperçues, les organisations risquent de passer à côté de personnes ayant un fort potentiel de leadership. Cela peut freiner la progression, mener à une sous-utilisation des talents et fragiliser la relève.
Le coût d’un talent ignoré peut être considérable. Selon SHRM, remplacer un employé peut coûter entre 50 % et 200 % de son salaire annuel, selon la complexité et le niveau de séniorité du rôle. Les postes de leadership vacants peuvent créer des écarts encore plus importants sur le plan de la productivité et de la continuité.
L’organisation ne perd pas ce talent parce qu’il n’existe pas. Elle le perd parce qu’elle ne l’a jamais pleinement reconnu.
L’objectif n’est pas d’éliminer tous les pièges
Cette distinction est importante. Un piège n’est pas un défaut. Ce n’est pas non plus quelque chose qu’il faut systématiquement corriger.
Certains pièges ne deviendront peut-être jamais problématiques. D’autres peuvent même offrir des avantages dans certains contextes.
Un leader qui a tendance à superviser les détails de près peut être précieux lors d’une transformation à fort enjeu. Un leader prudent et analytique peut être exactement ce qu’il faut dans un contexte décisionnel à haut risque.
L’objectif n’est donc pas d’éliminer ces tendances, mais d’en prendre conscience.
Lorsque les leaders comprennent dans quelles situations une tendance peut devenir limitante, ils disposent de plus de choix dans leur façon de réagir.
C’est pourquoi les pièges comportementaux s’inscrivent dans une démarche de développement plutôt que de diagnostic. Ils misent sur la connaissance de soi, la compréhension du contexte et l’adaptation des comportements.
Les risques du leadership apparaissent souvent plus tôt qu’on ne le pense
La plupart des difficultés de leadership ne surgissent pas du jour au lendemain. Les signaux sont généralement présents bien avant que les résultats organisationnels en souffrent.
Une équipe qui devient de plus en plus dépendante de son leader. Des décisions qui prennent plus de temps qu’elles ne le devraient. Des conversations de rétroaction qui sont reportées. Des personnes très contributives qui restent dans l’ombre.
Plus les organisations détectent ces schémas tôt, plus elles disposent de leviers pour agir : un accompagnement plus efficace, une planification de la relève plus solide et un développement du leadership plus intentionnel. Elles peuvent ainsi, au bout du compte, aider les leaders à continuer de s’appuyer sur leurs forces tout en s’adaptant aux exigences de rôles de plus en plus complexes.
Car l’objectif n’est pas de chercher ce qui ne va pas chez les leaders. Il s’agit plutôt d’aider les personnes talentueuses à reconnaître les moments où leurs plus grandes forces doivent s’exprimer autrement.
Comment repérer les risques du leadership avant qu’ils nuisent à la performance, à l’engagement ou à la planification de la relève?
Les Pièges comportementaux de SuccessFinder aident les organisations à repérer des schémas comportementaux mesurables qui peuvent devenir limitants dans certains contextes. Elles peuvent ainsi offrir un accompagnement plus ciblé, renforcer le développement du leadership et améliorer la planification de la relève. L’objectif n’est pas de coller une étiquette aux leaders, mais de les aider à mieux se comprendre et à s’adapter plus efficacement à mesure que leur carrière évolue.
Demandez une démonstration pour découvrir comment SuccessFinder aide les organisations à repérer les pièges comportementaux avant que leurs coûts se fassent sentir sur l’exécution, l’engagement et la solidité de la relève.
